1840 - FOTOHISTORIA - 1940

UN SITIO PARA LA HISTORIA DE LA FOTOGRAFÍA ARGENTINA Y LATINOAMERICANA

                                                                                       

Esta carta apareció en el mercado anticuario en 1998 y permitió entender ciertos aspectos tempranos de la llegada y difusión del daguerrotipo en el Río de la Plata.

El artículo completo de Roberto Ferrari y Abel Alexander, fue publicado en la revista Saber y Tiempo, Buenos Aires, nº 5, enero-junio 1998.

Adolphe D’Hastrel a Florencio Varela

Olonne, 12 Mai 1842

 

Mon cher Florencio, voilà, avec le mois de Mai, un an qui je suis rentré en France; un an que j’ai beaucoup couru encore, un peu de tous les cotés, que j’ai beaucoup travaillé, beaucoup souffert de cette insupportable névralgie de Montevideo ou plutôt de Martin Garcia, enfin un an que je me suis assez intéressé au Daguerréotype pour pouvoir vous en parler plus à mon aise.

Je viens de passer deux mois à Paris où j’ai voulu tout voir et tout savoir, avant de vous écrire et voilà pourquoi je ne l’ai pas fait plutôt (plus tôt) . Je ne vous ai écrit d’Olonne que le 15 Janvier. J’ai reçu de vous trois lettres, du 6 Juillet 1841, du 18 et du 22 septembre, avez vous reçu la mienne ?

Daguerréotype

Je n’ai pu parvenir à voir Mr. Daguerre, parce qu’il habite toujours la campagne : des personnes qui le connaissent bien, m’ont dit qu’il était fort peu communicatif, à moins de liaison avec lui. Du reste il travaille toujours à son admirable invention et il est parvenu à faire trop vite, au moyen de l’électricité combinée avec les premiers moyens, il cherche une substance moins sensible, pour que l’opérateur puisse avoir demain le temps de s’y reconnaître. Ce procédé n’est pas encore livré au public, on se suppose assez coûteux et fort peu commode pour les voyageurs.

J’ai vu, à Paris, beaucoup de Daguerréotypeurs (en Province on est d’une indifférence et d’une ignorance à ce sujet, tout à fait stupéfiantes) et en résumé je me suis arrêté de préférence, à la maison Lerebours (Place du Pont Neuf nº 13) où j’ai trouvé tout réuni, fabrication d’instruments, expériences et tous les souvenirs possibles : c’est là où j’ai vu les résultats les plus purs, les plus étonnants exécutés par Mr. Gaudin, associé de Lerebours (pour le Daguerréotype) et certes, le premier expérimentateur connu : c’est là où je conserve ma correspondance et je viens déjà de recevoir une lettre de Mr. Lerebours qui me communique un nouveau progrès, l’emploi de l’iodure de brome : mais il faut avant tout vous apprendre que les progrès et les procédés ont marché grand train depuis le procédé Daguerre et nos expériences de Montevideo ; tout est bien simplifié. Quant aux avantages de réduction pour voyage, c’est le volume du petit daguerréotype que vous avez acheté à l’ illustre Mr. Durand (savez-vous ce qu’il est devenu?)

Expliquons ce qui pourrait vous être utile : pendant que Mr Daguerre expérimente trop vite, tous les autres cherchent une substance sensible ou accélératrice (c’est le terme) pour opérer en quelques secondes, en un seconde ou en une fraction de seconde, pour obtenir des portraits bien vrais et avec l’impression le plus naturelle : cette rapidité est obtenue par le chlorure d’iode, le bromure d’iode et aujourd’hui par l’iodure de brome. J’ai vu, exécutés presque instantanément par Mr. Gaudin, avec le bromure d’iode et avec l’iodure de brome surtout, des groupes de huit à dix personnes entières gesticulant les bras en l’air au lever du soleil avec des nuages délicieux (le soleil seulement était solarisé c’est à dire trop brûlé, représenté par un petit rond terme et gris noir) enfin des nuages d’orage poussés pour le vent. Qu’en dites-vous, cher ami ? J’ai acheté à Mr. Gaudin une petite vue (ronde de 7 centimètres de diamètre) du Pont Neuf à Paris, rempli d’une foule prodigieuse de figures d’un millimètre de hauteur, épreuve obtenue en ¼ de seconde et prise sans prévenir personne, tout ce petit public se trouvant là pour attendre le bœuf gras, au Carnaval dernier.

Nous disons donc que le chlorure d’iode est abandonné maintenant, mais je crois qu’il vaut mieux pour vous parler de toute l’opération, suivant votre mode d’opérer.

La préparation de la plaque est vraiment la grande affaire et sans une plaque parfaitement polie, parfaitement claire, impossible d’avoir une belle épreuve, ce que l’on appelle une épreuve d’artiste: le procédé est toujours à peu près ce lui qui vous connaissez, seulement on termine (en frottant longtemps et changeant souvent de coton, d’abord avec alcool et rouge d’Angleterre ensuite avec rouge sec et en très petite quantité) non en rond mais dans un sens (toujours le même) transversal de la plaque et ce sens doit être opposé à celui dans lequel vous voulez le dessin. Si vous voulez le dessin dans ce sens «--- il faut frotter dans ce et réciproquement.

Votre plaque bien belle, vous la placez dans la boite à iode (bien chargée d’iode) de 1 à 2 à 5 minutes, jusqu’à la couleur jaune clair et non orangé et de là, vous la posez immédiatement sur un vase de faïence ou porcelaine (dont les bords sont usés à la meule pour que la plaque ne glisse pas dedans) où vous avez versé à l’avance (et recouvert avec un verre dépoli) du bromure d’iode : on laisse 6 ou 10 minutes (suivant que le bromure est récent ou non) jusqu’à la teinte beau rose clair et on passe la plaque immédiatement dans la chambre noire (il est reconnu qu’il faut une 1 ère plaque d’épreuve c’est à dire pour essayer la durée de l’exposition aux diverses substances) et ne pas, ensuite, les regarder trop souvent: on doit le faire cependant pour être sûr de sa teinte, mais peu souvent; au jour, l’obscurité n’est pas nécessaire si ce n’est pour l’histoire du mercure.

Pour préparer le bromure d’iode = Dans une dissolution alcoolique d’iode, verser goutte à goutte (avec précaution, c’est un caustique qui aveuglerait, s’il arrivait aux yeux) de brome, jusqu’à que la mélange devienne d’un beau rouge, puis l’ étendre d’eau, de manière à obtenir un liquide d’un beau jaune paille d’Italie ou vin de Madère. Ce bromure est dû à Mr. Gaudin : c’est ainsi qu’en 4 (quatre) secondes, il m’a fait le plus délicieux portrait que j’ai vu, pour la netteté des détails, (un gilet blanc et un habit noir) et le modelé de la figure et de la barbe. Je viens d’obtenir ainsi, moi même, mais en 14 secondes, le portrait de mes deux moutards, (dans la même plaque ¼ de plaque) d’un très grand effet, mais moins pur que celui de Mr. Gaudin : il faut, de l’avis de maître, une très grande habitude et les soins les plus minutieux en tout, surtout au lavage final, toujours de l’eau distillée et de l’hyposulfite excessivement propre.

C’est encore Mr. Gaudin qui vient de substituer au bromure d’iode, l’iodure de brome, substance encore plus sensible aux rayons solaires mais très variable et très incertaine : elle a seulement l’avantage de dispenser tout à fait de la boite à iode.

L’exposition à la chambre noire est toujours, comme vous le saviez, variable selon la hauteur du soleil, la température et à l’heure que l’on opère. Pour le mercure enfin, cependant je me trouve assez bien d’un précepte que vous pouvez essayer - chauffer de manière (et peu à peu) à ne pas dépasser 60° et retirer la plaque lorsque le thermomètre est redescendu à 39 ou à 30.

Il y’a bien d’autres inventions pour les châssis iodés ( c’est à dire imprégnés d’iode) pour campagne, pour aller en excursions daguerréotypiques, je ne vous en donnerai pas le détail, tant c’est varié suivant le goût et les positions de chacun, et je vous connais assez bonne tête pour vous débrouiller la dessus : d’ailleurs toutes ces simplifications n’en sont que plus chanceuses, l’iode s’évaporant si promptement, mais le progrès marche, nous verrons ce qui arrivera, et vous en ferons part.

Pour les groupes, les statuettes, etc. Il faut toujours opérer au soleil et dehors des maisons, et disposer, autant que possible, le tout sur un même plan parallèle à l’instrument, pour les intérieurs, je n’ai rien vu de satisfaisant. Pour les portraits à l’ombre, il faut trop de temps : M. Gaudin réussit, parce qu’il opère dans un petit cabinet, établi sur une terrasse et tout entier construit en verre bleu, mais tout le monde ne peut pas avoir des maisons en verre bleu, surtout en voyage, qu’en pensez-vous?

Dans la chambre, en peut reproduire des gravures, en plaçant la gravure vis à vis et parallèlement à l’instrument vis a vis une croisée largement et parfaitement éclairée par le soleil, la chambre près de la fenêtre ou sur un balcon, si c’est possible et point de verre sur la gravure. J’ai vu de grandes gravures, ainsi reproduites sur une petite plaque, sans perdre le plus petit coup de burin, le Décameron (peint pour Winterhatter), les pêcheurs de l’Adriatique (peint par Léopold Robert), daguerréotypés ainsi sont de choses admirables.

Les épreuves sur papier, tentées par Mr. Herschell, Talbot, Lassaigne, Bayard etc., ne sont pas assez remarquables, ni assez connues du public pour s’y arrêter pour vous. Pas de succès non plus pour que l’épreuve dag. puisse servir à en reproduire un certain nombre pour la gravure. Mais les gravures ordinaires, avec l’aqua-tinta et le burin, imitent assez bien une épreuve daguerrienne. M. Lerebours a publié, de cette manière, un album, avec texte, magnifique ( coûte 100 francs 20 piastres) et va en publier un second de même prix; chacun renfermant 60 planches, prises dans tous pays.

Pour obtenir les couleurs au daguerréotype il n’y a que des réussites partielles, par conséquent imparfaites - on vend des portraits coloriés, mais c’est de la farce: c’est le verre du cadre qui reçoit des couleurs transparentes, comme celles employées pour les verres de lanterne magique, les ombres de la plaque daguerrienne font le reste: enfin c’est l’effet d’une lithographie coloriée, avec moins de ressources vu le peu de couleurs qui satisfassent à cette exacte transparence.

Pour terminer, laver et fixer les épreuves daguerriennes. tout se fait maintenant à froid - au sortir du mercure, plonger la plaque dans l’eau distillée, de là dans la dissolution d´hyposulfite, là disposer (vite, vite) à 45° et verser de l’eau froide et sécher en promenant derrière en commençant par le haut, la lampe à alcool et encadrer. Si l’on n’a pas de cadre, au lieu de sécher à la lampe, l’épreuve secouée mais encore mouillée de l’eau distillée, la placer sur un creuset métallique quelconque, verser sur toute la surface une dissolution de chlorure d’or et chauffer partout, jusqu’à ce que le chlorure entre en ébullition, laisser ainsi quelque temps en chauffant toujours un peu, puis prendre la plaque

pour un des coins avec des pinces, etc. En quand on sait faire cette fantaisie, tenir la plaque inclinée pour que le liquide s’écoule et chauffer partout avec la lampe, derrière, en prenant en haut et descendant à mesure que le liquide descend en s’évaporant. Il se dépose une sel d’or qui fixe l’épreuve (non à l’abri d’un fort frottement cependant, mais parfaitement à l’abri du jour, soleil, etc.), lui donne de la netteté, de la vigueur et une teinte chaude, sépia plus ou moins prononcée suivant la durée que vous donnez à la déposition du sel d’or sur la plaque. Voilà, mon cher ami, le problème de cette belle teinte (jadis inexplicable pour nous) de l’épreuve de Dame Solsona.

Pour les prix Dag. je vous envoie ci-joint les prix Lerebours : ce sont les plus raisonnables : c’est l’approvisionnement qui revient cher et la difficulté est d’être sûr d’avoir un bon objectif, parfaitement achromatique; il faudrait pour le mieux, faire exécuter chaque chose pour le fabricant même de chaque objet, mais pour ce il faut être à la source, il faut habiter Paris, moi même je n’ai pu employer ce moyen qui demande beaucoup d’informations, beaucoup de temps et beaucoup de courses : vous jugerez ces prix et vous verrez ce que vous aurez à faire et j’agirai d’après vos ordres, par ma correspondance avec Lerebours.

Pour les fonds, finances, etc., tout ce que V. auriez à m’envoyer, vous pourrez me l’adresser à Rochefort, si vous avez des occasions de la marine militaire, ou bien à Nantes à Mr. Aimé Vince négociant, rue Voltaire nº 9. Pour remettre à Mr. d’Hastrel, Capitaine d’artie. Pour vous lettres, adressez-les à Mr d’Hastrel de Rivedoux, Capitaine au 1er. d’art. de marine (et non de mer), Inspecteur d’armes à Rochefort (Charente Inférieure). À Paris, j’ai obtenu une prolongation de congé qui va se terminer et de plus la garantie du poste de Rochefort, qui convient à mes relations et intérêts de famille, Rochefort n’étant qu’à 30 lieues d’ Olonne; ma famille reste à Olonne, à cause des chaleurs caniculaires de Rochefort, mais elle viendra passer les hivers avec moi. Mes moutards sont des bons enfants bien portants, bien gais et bien vifs et je regrette que la distance et le défaut d’occasions m’empêche de vous envoyer leurs minois daguerréotypés et tant d’autres choses.

Impossible de faire lithographier mes vues de Montevideo, sans les frais énormes et payés d’avance de huit mille francs : j’ai vu les éditeurs moi-même, les artistes aussi, pas moyen à moins pour avoir quelque chose de propre : la société dont je faisais partie est dissoute, chacun travaille de son côté et pour son propre compte: c’est donc une affaire enfoncée.

J’espère, mon bon Florencio, que je viens de parler assez, sans vous parler de vous, de votre bonne Justita, de votre excellente famille, de mon grand ami Hector: Donnez-moi, je vous en prie, et souvent et longuement de leurs nouvelles, des vôtres, de votre santé, de nos amis de Montevideo, de vos affaires dont je ne sais rien de positif, de Lavalle, sa véritable mort, l’état des affaires, nos journaux se contredisent tellement que l’on ne peut y croire, j’ai envoyé dans le temps foule de petites bamboches aux petits Cavaillon, pas un mot de lettre, si ce n’est de la bonne Me. de Mendeville, mais qui me ne parle pas des autres, ni des objets envoyés à Mrs Tresserra, à Fermepin, à M. Cavaillon, savez-vous ce que tout ce monde devient et Mr. Constantin est toujours à Buenos Aires ou à Montevideo, ce que devient les familles Rodriguez et Vazquez.

Vous ne pouvez vous imaginer, mon cher ami, combien j’aime tous mes souvenirs de votre pays, combien j’aime ceux qui m’ont si bien accueilli et avec quel bonheur je lis vos lettres (encore mieux, en espagnol) c’est vous dire aussi combien je vous suis attaché, combien tout ce qui vous intéresse m’intéresse aussi et combien mon amitié pour vous est sincère et dévouée.

Ad D’Hastrel (signature)

 

Je n’ai revue ni Mr. Martigny ni Mr. Petit-Jean: j’ai retrouvée l’àmiral Leblanc, préfet maritime à Rochefort oû je serai le 1er. Juin: il est Teniente encargado à bord du /.../ commandé par ce bon Ducoudie qui vous connaisez /.../ par una actuation, mais supposant qu’elle ne sera pas du coté /.../ voilà.

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